Extraits du livre "Coeurs de Breizh"

L'introduction

Sur le chemin de mes ancêtres

Il est difficile de connaître le nombre de descendants de Bretons émigrés. Nous sommes sûrement des milliers, voire des millions.
Les témoignages sur l’émigration bretonne relatent souvent les aventures des Bretons partis vers le nouveau monde. Pourtant, la migration intérieure, en nombre d’individus, est de loin la plus importante. Les Bretons ont migré essentiellement vers la région parisienne mais également vers d’autres provinces françaises. C’est le cas notamment dans les départements d’Aquitaine où les paysans bretons défrichèrent, au début du XXe siècle, les terres de la Dordogne et du Lot-et-Garonne, qu’ils occupent encore aujourd’hui ou qu’ils ont léguées à leurs enfants.
J’ai voulu savoir pourquoi ces deux départements, comme beaucoup d’autres, abritaient autant de familles bretonnes immigrées et pourquoi, un jour, nos pères ont quitté leur terre natale.
Il m’a fallu étudier l’histoire de la paysannerie bretonne du XIXe siècle pour comprendre les raisons de ce départ massif des Bretons entre le début du XXe siècle et les années cinquante.
En étudiant ma propre généalogie, la cause fut vite entendue. Mes ancêtres représentaient tout ce que fut cette Bretagne de souffrance, de misère parfois : laboureurs, journaliers, domestiques, garçons de ferme, couturières, ménagères, lavandières. Mes ancêtres étaient des personnes de petite condition, ils vivaient au coeur de la Basse-Bretagne.

Tous les ouvrages de référence parlent, au XIXe siècle, d’une terre de misère. Le mot n’est pas trop fort puisque j’ai trouvé, sur le registre d’état-civil de la commune de Plouguernével (Côtes-d’Armor, anciennement Côtes-du-Nord), le statut, peu enviable, de mendiant pour qualifier la fin de la vie de Joseph Le Bail et celui, pire encore dans l’échelle de la pauvreté, d’indigente, concernant celui de Marie-Mathurine, son épouse. Une misère qui menaçait chaque paysan breton à chaque épidémie, à chaque famine.
Au fil de la lecture des registres d’état-civil, je me rendais compte que les Le Bail étaient représentatifs, à travers les générations ayant vécues entre 1754 et nos jours, de ce que fut le destin de bon nombre de paysans bretons de basse condition. Cette condition sociale préfigurait déjà la migration bretonne. Pour la plupart, l’Eldorado parisien, ou aquitain, fut une fuite en avant pour échapper à la misère présente ou menaçante.


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Lorsque l’on découvre ce passé, on découvre aussi qu’un bagad ne fait pas seulement de la musique. Il dit aussi l’Histoire. Dans sa musique, dans ses danses et dans ses chants, la Bretagne se raconte. Dans ses costumes, elle témoigne des particularismes de ses pays. Dans sa langue, dont j’ignore tout, elle pense en breton. Chaque langue est une forme de pensée et chacune a sa spécificité. Alors, l’éducation, c’est aussi cela. Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Les traditions musicales, culturelles ou spirituelles, du pays d’où nous venons ou dans lequel nous vivons, sont capitales, car elles nous aident à comprendre les comportements, y compris les nôtres. Cette recherche du passé nous aide à comprendre le présent. Un arbre n’est solide que parce que ses racines le nourrissent.


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La Bretagne est un pays de contrastes, entre la pauvreté d’hier et la richesse de sa culture. Peu de provinces sont aussi marquées par la diversité des traditions. Son patrimoine reste la fierté d’un peuple qui a traversé les épreuves d’une existence rude.
On dit le Breton têtu. Son caractère s’est forgé avec son climat. On dirait qu’ici le temps prend un malin plaisir à faire durer la pluie. Au lieu des grands orages du midi, la pluie s’éternise en un modeste crachin. L’humidité s’invite souvent pour plusieurs jours. Dans le midi, on attend que passe l’orage, ici, si l’on attend, on ne travaille plus. Alors, pluie ou vent, il faut y aller. Résigné face au temps, le paysan breton travaille. Et lorsqu’on paie le journalier 1 Fr la journée, il n’a guère le choix, il n’a pas d’économies. Une journée sans travail, c’est une journée sans salaire. La misère est aux aguets. Le travail est rude. Quand il rentre chez lui, le laboureur retrouve sa famille regroupée autour du feu. Tous logent, le plus souvent, dans la même pièce.

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