La crise des fermes de 1921 en Bretagne

Publié le par Les Oiseaux de Papier

La crise des fermes de 1921 est un évènement peu connu et peu étudié historiquement. Pourtant, elle a entraîné la migration de nombreux Bretons vers d’autres régions françaises, notamment vers l’Aquitaine.

 

Le 5 août 1914, soit seulement deux jours après la déclaration de guerre, une loi, signée par Raymond Poincaré, est votée. Cette loi, improprement appelée « moratorium », concerne la prorogation des échéances des baux. Elle prévoit, en son article n°2, que : « Pendant la durée de la mobilisation et jusqu’à la cessation des hostilités, le gouvernement est autorisé à prendre, dans l’intérêt général, par décret en conseil des ministres, toutes les mesures nécessaires pour faciliter l’exécution ou suspendre les effets des obligations commerciales ou civiles. »

Le conseil des ministres, entendu, décrète :

« Art. 1er : Les baux à ferme qui doivent prendre fin avant le 1er janvier 1915, soit en vertu de congé, soit par l’échéance de leur terme normal, sont, de plein droit, prorogés d’un an lorsque le fermier a été mobilisé, si celui-ci, ou, à son défaut, l’un des membres de sa famille participant à l’exploitation de la ferme, réclame le bénéfice de cette disposition par une déclaration faite avant l’expiration du bail. » Mais, ce délai moratoire, renouvelé jusqu’à la fin des hostilités fait arriver à une même échéance (1921) huit séries de baux (de 1914 à 1921), correspondant à la tranche triennale suivant l’année 1918, année de la fin des hostilités.

Il est de tradition de renouveler les baux à la Saint-Michel, le 29 septembre. Déjà, en temps ordinaires, cette opération ne manquait pas de mettre dans l’embarras de nombreux fermiers. En effet, la moitié des terres bretonnes est exploitée selon le mode du fermage, l’autre moitié directement par le propriétaire. On trouve encore, à cette époque, quelques très rares domaines congéables, reliquats de l’époque féodale.

 

En 1921, la demande, bien supérieure à l’offre, provoque une inflation du prix du fermage : il devient inaccessible à bon nombre de paysans. À cela s’ajoute une mécanisation naissante nécessitant l’augmentation des surfaces agricoles et diminuant le nombre de travailleurs de la terre. Parce que la population rurale est nombreuse, le problème est accentué. De plus, pour la première fois depuis bien longtemps, la terre est rentable. Dans l’esprit des acquéreurs, bien plus qu’un outil de production, elle devient un placement financier, beaucoup plus sûr qu’un coffre-fort. Les commerçants, eux-mêmes, veulent y placer leurs capitaux. Quant au paysan, après la guerre, il veut vivre dans plus d’espace, dans une habitation plus grande. Là aussi, un nouveau problème se pose. Il n’y a pas assez d’habitations et construire est devenu très cher.

La situation s’aggrave du fait de sa soudaineté. La crise prend une forme aiguë à l’expiration des délais moratoires. On peut tout de même se poser la question de savoir comment le législateur, en repoussant tous les baux à la même échéance, ne put en entrevoir les conséquences.

 

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